21

 

Olivia était encore tout étourdie de ce qu’il venait de se passer avec Aeron – et aussi sous le choc de l’arrivée intempestive de Legion.

Le plaisir. Le bonheur. L’espoir. La douche froide.

Son premier réflexe fut de se baisser en tremblant pour ramasser sa tunique et l’enfiler au plus vite. Heureusement, Aeron avait eu la bonne idée de déployer ses ailes pour la dissimuler aux yeux de William et de Legion.

Quel dommage… Elle aurait tant voulu se laisser aller, profiter de l’instant d’après, savoir si Aeron avait apprécié autant qu’elle, savoir s’il était aussi bouleversé qu’elle.

Le sexe, c’était… Bien plus encore que tout ce qu’elle avait pu imaginer – et pourtant, elle avait eu le temps d’imaginer. Elle avait découvert le plaisir, bien sûr, mais aussi le sentiment de pouvoir que donnait cette sensation d’entraîner quelqu’un au-delà de ses limites, de partager avec lui ce qu’on avait de plus intime, de donner, de prendre. Chaque seconde devenait un petit miracle.

Et dire qu’elle existait depuis des siècles et qu’elle avait attendu tout ce temps-là pour s’y mettre… Bien entendu, elle soupçonnait que cela n’aurait pas été aussi miraculeux avec un autre homme. Elle ne voulait qu’Aeron. Son Aeron. L’homme qui la faisait rêver.

Les cris stridents de Legion la ramenèrent au présent.

— Salope ! Putain ! Je vais te tuer !

Le rire de Tentation résonna dans la tête d’Olivia. La voix ne s’était pas manifestée pendant l’étreinte, sans doute parce qu’elle avait obtenu ce qu’elle voulait. Pourquoi se faisait-elle de nouveau entendre ?

William retenait toujours Legion, mais elle se débattait tant qu’elle finirait par lui échapper. Olivia l’attendait de pied ferme. Legion avait besoin d’être remise à sa place et elle serait ravie de s’en charger. Elle venait de lui gâcher son « après » avec Aeron. Elle allait le payer cher.

— Habille-toi, ordonna-t-elle à Aeron.

Pas question qu’une autre femme – et surtout pas cette peste – le voie nu. Ce corps, elle seule avait le droit de le contempler. Ces tatouages, elle seule avait le droit de les admirer. Elle regretta de ne pas avoir eu le temps de leur rendre hommage. Avec sa langue, par exemple. La prochaine fois…

Mais y aurait-il seulement une prochaine fois ?

Aeron enfila son pantalon, avec, sur le visage, une expression dure et indéchiffrable. Puis il boucla sa ceinture. Ses ailes étant toujours déployées, il dut rester torse nu. Mais le fait d’avoir commencé à s’habiller parut l’avoir réveillé tout à fait. Il avança résolument vers Legion et la prit par la taille pour l’immobiliser.

— Lâche-moi ! protesta-t-elle en se débattant. Je veux lui régler son compte !

— Tu peux y aller, dit Aeron à William. Je n’ai plus besoin de toi.

William avait les bras et le visage couverts de griffures. Il acquiesça, avec un petit sourire en coin.

— Bonne chance, mon ami. Dépêche-toi tout de même, parce que nous avons une réunion dans le grand salon. Tu as dix minutes.

Sur ce, il sortit et referma la porte derrière lui en sifflotant.

Aeron porta Legion jusqu’au lit et la jeta sur le matelas. Celle-ci rebondit et tenta de se lever, sans cesser de fusiller Olivia du regard.

— Reste là ! ordonna Aeron.

Legion se figea et leva vers lui des yeux pleins de défi. Puis l’instinct de conservation prit le dessus, sans doute, et elle parut se calmer un peu. Elle se redressa tout de même et s’installa sur le bord du lit, avec un visage déterminé, les coudes en arrière, la poitrine en avant, les jambes écartées, comme pour s’offrir.

— Tu viens près de moi ? demanda-t-elle d’une voix rauque.

Non ! protesta Olivia.

Et pour montrer à quel point elle n’était pas d’accord, elle alla se planter devant Legion et lui envoya son poing dans la figure.

La tête de Legion valsa sur le côté. Sa lèvre était fendue et saignait. Essaye de l’embrasser, maintenant, si tu l’oses…

Des mains puissantes et tièdes se posèrent sur les épaules d’Olivia pour l’obliger à faire volte-face. Le regard d’Aeron n’était pas fixé sur elle, pourtant, mais sur Legion.

— Ne bouge pas, gronda-t-il.

Legion demeura immobile.

Les magnifiques iris violet d’Aeron cherchèrent les yeux bleus d’Olivia.

— Je n’aurais jamais cru être un jour obligé de te demander de te comporter correctement.

Elle redressa le menton.

— Je ne vais tout de même pas me laisser insulter, protesta-t-elle.

— Plus personne ne t’insultera, assura-t-il.

Il s’adressa de nouveau à Legion.

— C’est bien clair ? demanda-t-il sèchement.

Olivia fut surprise qu’il prenne son parti. Elle retint son souffle. Il la protégeait… Il… Elle n’eut pas le temps de se réjouir plus longtemps, Aeron lui avait lâché les épaules pour aller s’accroupir devant Legion.

— Tu n’as aucune raison de t’en prendre à mon… À l’ange… Je t’aime, et tu le sais.

Il lui parlait gentiment. Presque tendrement.

— Dis-moi que tu le sais, insista-t-il.

— Oui. Je le sais.

La colère de Legion parut fondre d’un seul coup, et elle tendit le bras pour saisir Aeron par le menton.

— Moi aussi, je t’aime, murmura-t-elle.

Aeron repoussa sa main avec douceur, mais fermeté.

— Je ne t’aime pas de cette manière-là. Je t’aime comme ma fille. Dis-moi que tu le sais.

Le dépit déforma le visage de Legion, puis son menton se mit à trembler et son regard exprima le plus intense désespoir.

— Mais je suis jolie, pourtant, gémit-elle.

— Avant aussi, je te trouvais jolie, rétorqua Aeron. Mes sentiments n’ont pas changé.

Legion secoua la tête.

— Non. Il faut que tu m’acceptes comme femme. Il faut que…

— C’est impossible, mon bébé…

De grosses larmes roulèrent sur les joues de la démone.

— C’est… c’est à cause de l’ange, n’est-ce pas ?

— Olivia n’a rien à voir avec ce que je ressens pour toi.

Olivia se sentit soudain de trop. Ils avaient besoin d’être seuls. Elle voulut sortir, mais ses genoux se bloquèrent quand elle atteignit la porte.

Où vas-tu ? Reste.

Tentation. Cette voix ne la laisserait donc jamais en paix ?

— Tu mens, lança Legion d’un ton mauvais. Tu l’aimes.

La main d’Olivia se crispa sur la poignée.

Elle voulait savoir.

— Legion…, soupira Aeron.

Olivia se sentit horriblement déçue. Il ne répondrait pas. Pourtant, elle ne put se décider à sortir.

— Tu n’as pas le droit de l’aimer ! poursuivit Legion en hurlant. C’est moi que tu dois aimer !

— Mais je t’aime, je viens de te le dire.

Le ventre d’Olivia se noua. Et moi ? Dis-le.

— Non, tu dois m’aimer comme on aime une femme. Tu dois me donner du plaisir. Sinon…

— Sinon quoi ? demanda sèchement Aeron.

Olivia se figea. Seigneur ! Le pacte ! Elle avait oublié le pacte ! Le ventre noué par l’angoisse, elle se retourna et s’adossa au battant de la porte. Elle tremblait. Il fallait qu’elle entende la suite.

— Dis-le-lui, ordonna-t-elle à Legion. Il a le droit de savoir.

— Dis-le-moi, renchérit Aeron.

Legion déglutit.

— Si je n’ai pas réussi à te séduire dans huit jours, Lucifer prendra possession de mon nouveau corps. Il… il se servira de moi pour te tuer. Pour vous tuer, toi et tes compagnons.

Non !

Aeron jeta un regard inquiet et interrogateur du côté d’Olivia, comme quelqu’un qui n’a pas compris.

— Mais il ne peut pas quitter l’enfer, protesta-t-il. Il…

— Il le peut, murmura Olivia d’une voix rauque, en croisant ses mains sur sa poitrine. À travers le corps de Legion, il le peut.

Elle se sentait soudain gelée, vide. Même l’horreur de la situation ne l’atteignait plus. Elle avait vécu au paradis et elle allait finir en enfer…

— Et il pourra s’accoupler avec qui il voudra, pour se reproduire, poursuivit-elle. Il pourra aussi prendre le contrôle des chasseurs, monter d’autres humains contre vous. Il pourra même entrer dans le royaume des anges pour les attaquer.

Aeron devint tout raide.

— Et pourquoi ferait-il ça ?

— Pour le pouvoir. Par vengeance. Il aurait voulu que les anges le suivent, mais ils ont préféré rester au service du Seul et Unique, celui qu’il hait plus que tout et qu’il rêve de détruire.

Tu n’as pas fini de dire des bêtises ? protesta Tentation. Tais-toi.

Olivia l’ignora. Puis la vérité lui apparut en un éclair. Lui. Elle avait toujours su que cette voix était celle d’un être masculin, mais elle comprenait maintenant que si cette voix l’avait poussée à conquérir Aeron, c’était pour faire échouer Legion.

Il ne s’agissait pas d’un simple démon.

Il s’agissait de Lucifer. Lucifer, qui n’avait pas besoin de quitter l’enfer pour se faire entendre auprès des âmes indécises.

Elle sortit aussitôt de sa torpeur et l’horreur revint. En force. Et avec elle, la peur et la honte. Comment avait-elle pu ne pas s’en douter ?

— Mais pourquoi avoir accepté un tel pacte ? demanda Aeron.

À présent, les larmes coulaient sans discontinuer sur les joues de Legion.

— Je voulais être belle. Me transformer pour te plaire. Je voulais te gagner, te faire oublier ton ange. Je pensais pouvoir te rendre heureux.

Aeron se frotta le visage, si fort que ses ongles y laissèrent des traces rouges.

— Je n’arrive pas à y croire. Tu sais ce que tu as fait ? Tu te rends compte de ce que tu as déclenché ?

Legion acquiesça. Son menton tremblait.

— Je suis désolée… Désolée.

Il y eut un temps de pause.

— Pas autant que moi, murmura Aeron d’un ton catastrophé.

Olivia comprit. Il avait pris sa décision. Il allait coucher avec Legion, la pénétrer, elle aussi. Pour la sauver de la possession. Pour sauver ses compagnons de la haine de Lucifer. Pour empêcher la victoire des chasseurs.

Elle lutta contre les larmes qui lui venaient aux yeux. En acceptant de s’accoupler avec Legion, Aeron lui montrait qu’il n’accordait aucune importance à ce qu’il venait de se passer entre eux.

Et, dans ces conditions, elle ne pouvait rester au château. Aeron le savait.

Elle retint un rire amer.

Elle devait partir, certes, mais pour aller où ? Retourner au paradis, ou choisir un autre point de chute sur la Terre ?

Elle ne se voyait pas vraiment au paradis. Plus maintenant. Elle était devenue une femme, dans tous les sens du terme. Là-haut, elle serait malheureuse, incapable d’apporter la joie, inutile. Et on ne lui donnerait pas une nouvelle chance de s’adapter sur Terre. Si elle demandait à repartir, on l’enverrait directement en enfer. Un ange n’était pas déchu deux fois.

Mais si elle demeurait sur Terre, il lui serait impossible d’y vivre en paix avec elle-même. Elle serait hantée par l’idée qu’elle n’avait pas tenté ce qu’il fallait pour sauver Aeron, qu’elle l’avait laissé mourir… Après avoir refusé la mission qu’on lui avait confiée et qui consistait à le tuer… Quelle ironie !

Aeron se leva avec raideur.

— Nous avons encore un peu de temps devant nous, dit-il. Nous nous occuperons de ce problème un peu plus tard.

Il n’envisageait donc pas de coucher tout de suite avec Legion. Olivia se sentit un peu réconfortée.

— Merci, répondit Legion d’un ton reconnaissant et honteux à la fois. Je te promets que je ne…

Il se détourna d’elle et elle se tut. Il était maintenant face à Olivia, grand, magnifique, puissant. Elle prit brusquement conscience qu’elle était amoureuse de lui. Pour de bon.

Amoureuse. Le mot résonna dans son esprit. Amoureuse. Follement. Entièrement. Passionnément. C’était pour lui que son cœur battait. Lui seul pouvait lui apporter le bonheur. Elle comprit qu’elle était capable de mourir pour lui. Il était fier et tendre. Il donnait tout à ceux qu’il aimait. Comment ne pas l’aimer en retour ?

Elle resterait près de lui tant qu’il ne se serait pas allongé dans ce lit avec Legion. Ensuite, elle retournerait au paradis, et elle aiderait Lysander à obtenir sa grâce auprès du Très Haut Conseil des Anges.

Grâce qu’ils n’obtiendraient peut-être pas…

Mais s’ils ne l’obtenaient pas, elle trouverait un autre moyen de sauver son guerrier.

Elle songea avec tristesse à son arrivée dans ce château. Elle était venue l’esprit léger, résignée à la mort prochaine d’Aeron, uniquement désireuse de goûter avec lui les plaisirs de la chair. Puis elle avait appris à le connaître et tout avait basculé. Elle ne supportait plus l’idée de le voir mourir.

— Ne t’en fais pas, Aeron, dit-elle. Je vais bientôt partir. Legion et toi, vous vivrez. Je vous le promets. Solennellement.

Legion ouvrit une bouche étonnée.

Lucifer poussa un gémissement de rage.

Aeron montra les dents et ses yeux lancèrent des éclats rougeâtres. Ceux de son démon.

— J’ai dit que nous avions le temps, marmonna-t-il. Pour l’instant, tu restes ici. Nous reparlerons de tout ça plus tard, parce que j’ai une réunion importante. Je vais vous laisser toutes les deux dans cette chambre et vous allez vous tenir tranquilles. C’est compris ? Si vous vous battez, il vous en cuira.

Il n’attendit pas leur réponse et sortit à grands pas furieux.

Puis il claqua la porte, si violemment que les cadres du mur tremblèrent.

Olivia le jugea indélicat. Après tout ce qu’elle venait d’abandonner pour lui, elle aurait tout de même mérité un peu de compassion et un baiser d’adieu…

Elle se tourna vers Legion et, pendant quelques minutes, elles se jaugèrent du regard en silence.

— Bien…, murmura enfin Olivia.

Elle sentait encore en elle la semence d’Aeron. Une semence qu’il répandrait bientôt en Legion.

— Je refuse de rester seule avec toi, dit Legion.

— Nous sommes deux. Je pars.

Legion se leva d’un bond, le sourire aux lèvres.

— Tu rentres au paradis ?

— Pas encore. Je veux savoir ce qui se dit à cette réunion.

Le sourire de Legion s’effaça et elle jeta un coup d’œil du côté de la porte.

— Tu n’as plus l’ouïe assez fine, ange déchu. Il va te falloir quelqu’un pour interpréter les murmures.

Olivia ne répondit pas et se dirigea vers la sortie. Elle aurait voulu haïr cette femme, mais c’était impossible. La haine réclamait de l’énergie, et de l’énergie, elle n’en avait plus. La petite démone s’était battue pour gagner l’homme qu’elle aimait, et elle n’avait pas le droit de lui en vouloir pour ça.

Legion avait gagné. Et elle, elle avait perdu. Voilà tout.

 

***

 

Strider promena son regard dans le salon tout en songeant qu’il était bon de rentrer chez soi. Tout le monde était là. Tout le monde, sauf Gideon, qui, d’après cette vilaine langue de William – ou plutôt cette « vilaine verge », comme il l’avait secrètement surnommé –, prenait du bon temps dans le donjon avec leur nouvelle prisonnière.

Il contempla leur groupe avec fierté. Il se dégageait de ses compagnons une impression de puissance qui forçait l’admiration. Ils se tenaient debout, bien campés sur leurs jambes – les femmes ayant monopolisé le canapé.

Lucien et Sabin jouaient au billard, tout en discutant entre eux, sans doute pour se mettre d’accord avant de s’adresser aux autres. William était installé devant la télé et s’amusait à un jeu vidéo. Aeron et Paris s’étaient isolés dans un coin et se passaient une bouteille. Ils avaient tous deux un air désespéré. Surtout Aeron, dont le visage était pâle et figé, et qui semblait sculpté dans du granit, ce qui donnait une mine désolée à ses tatouages. Quant à ses yeux… Bon sang… Ils étaient rouges et luisants. Son démon n’était pas loin.

Strider se demanda s’il n’était pas encore tout à fait guéri ou s’il avait un problème autre. Plus personnel… L’ange, sans doute…

Car il avait déjà entendu parler de l’ange d’Aeron. Cameo, Kaia et Legion – une Legion incroyablement métamorphosée – lui avaient rapporté trois versions différentes de l’affaire. Cameo appréciait Olivia et assurait qu’elle leur serait très utile. Kaia s’extasiait de la perversité de l’ange. Legion assurait qu’elle n’était qu’une « salope ».

Kaia pensait qu’Aeron épouserait Olivia. Cameo, qu’il la ficherait dehors. Legion se désolait qu’il ne soit pas capable de se rendre compte qu’elle n’était qu’une salope. Elle avait même tenté de convaincre Strider de l’éliminer. Comme il avait refusé, elle l’avait menacé de payer quelqu’un pour le torturer.

— Pas de problème, avait-il répondu. Je l’attends de pied ferme.

Lucien et Sabin posèrent leur queue de billard en s’adressant un signe de tête, comme s’ils étaient parvenus à un accord. Puis ils s’avancèrent au milieu de la pièce. Les conversations se turent.

Ils se campèrent sur leurs jambes, les bras derrière le dos, pour signifier qu’ils étaient prêts. Strider en fut ravi. Il avait hâte de savoir ce qu’ils projetaient.

— Nous vous avons réunis pour que chaque groupe puisse mettre l’autre au courant, commença Sabin. Vous devez tous savoir ce qui s’est passé à Budapest et à Rome. Je commencerai par vous parler de Rome. Ceux dont on ne prononce pas le Nom veulent que nous leur rapportions la tête de Cronos.

Lucien prit le relais.

— Ils ont pris leurs précautions et demandé la même chose aux chasseurs. Et le premier qui leur apportera la tête de Cronos obtiendra en échange le quatrième objet de pouvoir.

La Baguette. Il s’agissait d’un objet de pouvoir. Strider n’envisageait pas un seconde de la laisser aux mains de l’ennemi.

— Mais Cronos est un dieu, fit remarquer Maddox.

Ils avaient déjà osé une fois se rebeller contre les dieux, en ouvrant la boîte de Pandore, et ça leur avait coûté cher.

— Nous n’avons aucune chance de le battre, ajouta-t-il avec un grand sourire.

Strider se demanda pourquoi l’idée semblait le réjouir et se promit de lui poser la question plus tard. En attendant, Maddox avait raison. Ils n’avaient aucune chance contre un dieu aussi puissant que Cronos, qui pouvait les écraser comme des punaises.

— Cronos est possédé, fit remarquer à son tour Cameo. Et s’il est possédé, il existe sûrement un moyen de le déstabiliser.

Cette voix de désespérée… Strider en grinça des dents. Il n’arrivait même pas à l’écouter.

— Son démon est Envie, intervint Aeron d’un ton encore plus désespéré que celui de Cameo.

Bon sang… Strider fut tenté de se boucher les oreilles et… Que venaient de dire Aeron et Cameo ? Cronos était possédé par Envie, et il y avait donc un moyen de l’atteindre en contrariant son démon ? Bien sûr ! Lui, par exemple, sombrait dans le coma quand il perdait, parce que son démon ne supportait pas la défaite. Et le temps que durait ce coma, il était sans défenses.

Il se promit de découvrir la faille de Cronos. Il n’avait pas l’intention de combattre le roi des dieux, mais savait-on jamais ?

Amun intervint, en s’exprimant par gestes.

— Amun propose d’observer de nouveau le tableau peint par Danika. Celui qui montre Galen venant de s’emparer de la tête de Cronos. Il pense que certains détails ont pu nous échapper.

Puis il ajouta, de son propre chef :

— Je sais que nous espérons tous que cette prédiction ne se réalisera pas, mais le meilleur moyen pour changer l’avenir n’est peut-être pas forcément de tuer Cronos de nos mains. Nous devrions plutôt concentrer nos efforts sur Galen.

— Galen possède la Cape qui rend invisible, fit remarquer Reyes.

Il marcha jusqu’au canapé et fit lever Danika pour prendre sa place, puis l’installer sur ses genoux.

— Il sera peut-être plus difficile à atteindre qu’un dieu, conclut-il.

Maddox haussa les épaules.

— Et je vous rappelle qu’il est maintenant capable de pousser un démon à s’incarner dans le corps de son choix.

— Frappons en premier, proposa Aeron. Prenons les chasseurs par surprise. Avec un peu de chance, nous les affaiblirons suffisamment pour les obliger à repousser l’attaque finale. Le temps pour nous de réfléchir à ce que nous pouvons faire pour Méfiance. Et peut-être, aussi, le temps d’obliger Galen à sortir de sa cachette.

Il raisonnait bien, mais Strider le considéra d’un air méfiant. En plus de cette lueur rouge dans ces yeux, il avait les poings fermés et se tenait tout raide.

— Et si nous n’arrivons pas à les surprendre ? demanda Reyes.

Strider songea aux soldats de l’île. Les chasseurs étaient protégés par Rhéa, et peut-être aussi par Ceux dont on ne prononce pas le Nom.

Et, de leur côté, les troupes n’étaient pas au mieux de leur forme.

— N’oublions pas qu’ils ont Rhéa avec eux, dit-il. Elle va sûrement les aider.

— Pas du tout, fit la voix de Torin.

Il avait installé un micro et des écouteurs dans la pièce, et assistait à la réunion depuis sa chambre.

— J’ai parlé à Cronos, qui m’a promis d’occuper sa femme toute la journée. C’est pour cette raison que j’ai demandé à Sabin et à Lucien de vous réunir maintenant. Si nous agissons aujourd’hui, ce sera sans l’intervention de Rhéa ou de Cronos.

Personne pour se dresser sur leur chemin. Mais personne pour les aider non plus.

Un murmure s’éleva dans la salle, puis ce fut un concert de « oui ».

— Il y a un problème que nous n’avons pas évoqué, intervint Maddox d’un ton mécontent. C’est Cauchemar. Impossible de dormir avec ce démon dans nos murs. Ça ne peut pas durer indéfiniment. Quand allons-nous nous débarrasser de Scarlet ?

Ils n’avaient pas de réponse à cette question. Du moins pour l’instant. Tout ce qu’ils savaient, c’est qu’ils devaient attaquer le soir même.

Le guerrier des ténèbres
titlepage.xhtml
Showalter,Gena-[Les Seigneurs De L'Ombre-5]Le Guerrier Des Tenebres_split_000.html
Showalter,Gena-[Les Seigneurs De L'Ombre-5]Le Guerrier Des Tenebres_split_001.html
Showalter,Gena-[Les Seigneurs De L'Ombre-5]Le Guerrier Des Tenebres_split_002.html
Showalter,Gena-[Les Seigneurs De L'Ombre-5]Le Guerrier Des Tenebres_split_003.html
Showalter,Gena-[Les Seigneurs De L'Ombre-5]Le Guerrier Des Tenebres_split_004.html
Showalter,Gena-[Les Seigneurs De L'Ombre-5]Le Guerrier Des Tenebres_split_005.html
Showalter,Gena-[Les Seigneurs De L'Ombre-5]Le Guerrier Des Tenebres_split_006.html
Showalter,Gena-[Les Seigneurs De L'Ombre-5]Le Guerrier Des Tenebres_split_007.html
Showalter,Gena-[Les Seigneurs De L'Ombre-5]Le Guerrier Des Tenebres_split_008.html
Showalter,Gena-[Les Seigneurs De L'Ombre-5]Le Guerrier Des Tenebres_split_009.html
Showalter,Gena-[Les Seigneurs De L'Ombre-5]Le Guerrier Des Tenebres_split_010.html
Showalter,Gena-[Les Seigneurs De L'Ombre-5]Le Guerrier Des Tenebres_split_011.html
Showalter,Gena-[Les Seigneurs De L'Ombre-5]Le Guerrier Des Tenebres_split_012.html
Showalter,Gena-[Les Seigneurs De L'Ombre-5]Le Guerrier Des Tenebres_split_013.html
Showalter,Gena-[Les Seigneurs De L'Ombre-5]Le Guerrier Des Tenebres_split_014.html
Showalter,Gena-[Les Seigneurs De L'Ombre-5]Le Guerrier Des Tenebres_split_015.html
Showalter,Gena-[Les Seigneurs De L'Ombre-5]Le Guerrier Des Tenebres_split_016.html
Showalter,Gena-[Les Seigneurs De L'Ombre-5]Le Guerrier Des Tenebres_split_017.html
Showalter,Gena-[Les Seigneurs De L'Ombre-5]Le Guerrier Des Tenebres_split_018.html
Showalter,Gena-[Les Seigneurs De L'Ombre-5]Le Guerrier Des Tenebres_split_019.html
Showalter,Gena-[Les Seigneurs De L'Ombre-5]Le Guerrier Des Tenebres_split_020.html
Showalter,Gena-[Les Seigneurs De L'Ombre-5]Le Guerrier Des Tenebres_split_021.html
Showalter,Gena-[Les Seigneurs De L'Ombre-5]Le Guerrier Des Tenebres_split_022.html
Showalter,Gena-[Les Seigneurs De L'Ombre-5]Le Guerrier Des Tenebres_split_023.html
Showalter,Gena-[Les Seigneurs De L'Ombre-5]Le Guerrier Des Tenebres_split_024.html
Showalter,Gena-[Les Seigneurs De L'Ombre-5]Le Guerrier Des Tenebres_split_025.html
Showalter,Gena-[Les Seigneurs De L'Ombre-5]Le Guerrier Des Tenebres_split_026.html
Showalter,Gena-[Les Seigneurs De L'Ombre-5]Le Guerrier Des Tenebres_split_027.html
Showalter,Gena-[Les Seigneurs De L'Ombre-5]Le Guerrier Des Tenebres_split_028.html
Showalter,Gena-[Les Seigneurs De L'Ombre-5]Le Guerrier Des Tenebres_split_029.html
Showalter,Gena-[Les Seigneurs De L'Ombre-5]Le Guerrier Des Tenebres_split_030.html
Showalter,Gena-[Les Seigneurs De L'Ombre-5]Le Guerrier Des Tenebres_split_031.html